Mon journal du Pérou 31/03/2009
- Image n2 Jean_Troillet_avec_des_jeunes_sur_une_excursion_dans_la_region du_Huascaran
- Image n3 Jean_Troillet_avec_filleule_Zareli
- Image n4 travail_comme_macon
- Image n5 Troillet_Zareli_Jaime_Garcia
Prologue
30 ans se sont écoulés depuis mon exploration des Andes péruviennes. Cette semaine, j’ai prévu une expédition spéciale: je veux partager la vie des autochtones, observer et découvrir à quels soucis et besoins ils sont confrontés chaque jour.
Jour 1
La route non macadamisée serpente presque à l’infini le long des montagnes. C’est la saison des pluies dans la région de Huaraz, à une heure de vol environ de la capitale péruvienne, Lima. Des éboulis et de la boue bordent la route. Je passe devant de nombreuses cabanes petites et rudimentaires; des familles extrêmement nombreuses y vivent avec leurs poulets, leurs cochons et leurs moutons. Le village de Huashao se situe à 3000 mètres au-dessus de la mer. J’y suis déjà attendu. Sur la place du village, presque tous les habitants se sont rassemblés. Jeunes et vieux m’accueillent avec des fleurs, des danses et des discours. Je suis particulièrement honoré de pouvoir hisser le drapeau péruvien pendant l’hymne national. Je rencontre pour la première fois la famille de Jaime Garcia qui me logera pendant les prochains jours. C’est une famille avec trois enfants et un petit-enfant. Le père est maçon et possède également un terrain où il cultive du maïs et des légumes. Jaime fait partie du conseil du village et jouit d’une grande considération auprès des habitants. Je suis extrêmement impressionné par l’atmosphère joyeuse et détendue. On se sent bien ici et je suis bien content de connaître un peu l’espagnol. Je peux ainsi facilement discuter avec la famille.
Jour 2
Il a plu pendant la nuit. Le village se révèle nuageux ce matin. Aujourd’hui, je dois «travailler». Je vais d’abord aux champs: je cueille des haricots et récolte du maïs. Un véritable travail manuel, le panier ne se remplit que lentement.
Jaime raconte comment la vie s’est améliorée depuis que World Vision a entamé la coopération régionale au développement dans le village de Huashao. Comme beaucoup d’autres, Jaime a participé à des ateliers sur le thème de l’agriculture, de l’hygiène et de l’amélioration des infrastructures générales. Il se montre très enthousiaste à l’idée de construire des fours en pierre dans les maisons dotées d’un système d’évacuation de la fumée permettent d’évacuer la suie dangereuse pour la santé. Jaime étant maçon, il a été l’un des premiers à installer un tel four dans sa maison. World Vision a financé une partie des matériaux de construction et lui a appris à construire un four. Il a lui-même effectué le travail de maçonnerie. Pour Jaime, il est important de transmettre son savoir aux autres. Il m’accompagne donc jusqu’au village voisin où un four doit être construit. Le mortier est confectionné avec une précision typiquement suisse. Il manie la truelle avec rapidité et les murs du nouveau four sont élevés en un clin d’œil grâce à nos forces réunies. Nous formons tous les deux une bonne équipe et prenons plaisir au travail. Jaime sait de quoi il est capable. Il est mon chef et je lui sers volontiers d’assistant.
Le partage des connaissances et l’élaboration d’une vision commune pour un avenir meilleur dans le village sont au cœur du rassemblement villageois auquel Jaime et moi participons ensuite. Un expert désigné de World Vision et spécialisé dans le développement des villages motive les villageois pour établir une stratégie de développement. Le souhait de la population serait de profiter du marché des touristes alpinistes. «Il est extrêmement positif de voir que les habitants du village mettent au point des projets. Pas à pas, nous essayons de soutenir leurs initiatives personnelles», explique Urs Bernhard, responsable de projet chez World Vision Suisse et chargé des concepts menés au Pérou. L’organisation humanitaire a pour but principal d’établir à long terme un développement durable du village. Ce travail se concentre sur l’accompagnement des enfants et des adolescents afin de leur donner une perspective dans leur propre environnement.
Jour 3
Tôt le matin je m’en vais dans les montagnes. Aujourd’hui, j’aimerais entreprendre une excursion en montagne dans la région du Huascaran, point culminant du Pérou, accompagné d’une vingtaine de jeunes. Arpentant des sentiers étroits et des terrains en partie impraticables, notre groupe poursuit son ascension, mètre après mètre. Les jeunes m’écoutent avec une attention soutenue alors que je raconte mes expéditions précédentes sur les plus hauts sommets du monde. J’apprécie la compagnie des jeunes. Après plusieurs heures d’escalade, nous atteignons notre destination, à une hauteur de près de 4800 mètres: une lagune surplombée d’une langue glaciaire géante. Une vue imposante, dont nous ne pouvons cependant pas profiter bien longtemps. Le ciel s’obscurcit et une nouvelle averse menace de s’abattre sur les Andes péruviennes.
Jour 4
Il fait encore sombre lorsque je me mets en route pour la commune de Shorocotto. Là haut dans la vallée, au bout d’une piste battue, vit Zareli, une fillette de 8 ans, et sa famille. Je parraine la fillette par l’intermédiaire de World Vision. Lorsque je frappe à la porte peu avant sept heures, elle dort encore. Puis le moment tant attendu de la première rencontre arrive enfin. La fillette est encore un peu endormie lorsqu’elle ouvre la porte. Ses yeux commencent à briller dès qu’elle me voit. Elle s’est préparée pendant des jours à rencontrer son «parrain» venu de Suisse. Doucement mais d’une voix claire, elle entonne pour moi une chanson de bienvenue. Je contiens mes larmes.
Après le petit déjeuner, Zareli et moi devons nous mettre en route dans la vallée. L’école commence dans une demi-heure. Malgré le chemin pénible, Zareli aime aller là-bas. Aujourd’hui, elle est fière d’être accompagnée. Ainsi, elle peut me montrer qu’elle est bonne élève. Dans son village natal, le travail de développement entamé par World Vision n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Je suis néanmoins convaincu qu’ici aussi, comme à Huashao, les habitants développeront des perspectives pour l’avenir.
Après l’école, Zareli, ses parents et deux de ses autres frères et sœurs, m’accompagnent dans le village de Jaime. C’est aujourd’hui que doit avoir lieu la visite médicale pour les enfants, les parents y reçoivent des conseils. Ces services sont offerts à toutes les familles qui participent au programme de parrainage de World Vision. Jusqu’à présent, près de 2000 enfants et leurs familles ont bénéficié de cette aide. Je peux moi-même me rendre compte à quel point il est important pour les collaborateurs de World Vision de s’engager pour le bien-être des enfants et de leurs familles. Je suis heureux de voir la joie dans ces regards d’enfants. L’aide apportée par World Vision aux enfants, à leurs familles et à tout leur entourage mérite d’être soutenue. C’est pourquoi j’ai décidé de m’engager moi à l’avenir pour cette organisation.
Mais le temps est venu de faire mes adieux. La famille de Jaime et celle de Zareli sont tristes de devoir me laisser repartir pour la Suisse. Je pense que le fait de se rencontrer personnellement a créé des liens d’amitié plus étroits. Au Pérou, je me suis fait de nouveaux amis que je n’oublierai jamais.
Lutz Hahn/31.03.09 (Texte adapté par Robin Ziltener)
Commentaires
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